jeudi 17 juillet 2008

Smelly Cat, Smelly Cat, Why Are They Feeding You ?



Et voilà, c’est la deuxième Fête Nationale presque d’affilée que je passe à l’étranger… Non pas que je ressente quelconque sentiment de culpabilité, juste un petit mal du pays, qui se dissipe très vite dès qu’un français me croise dans la rue et me dévisage comme si j’avais la lèpre… ! Ca arrive environ deux à trois fois par jours,

J’étais pourtant de bonne humeur en me levant ce matin : une nouvelle semaine à lire le journal en buvant mon café à 2dh de la machine, une nouvelle semaine à admirer la vue du 14ème, une nouvelle semaine à écrire des conneries plus ou moins censées dans mon blog ! De quoi se lever de bonne humeur. Le problème ne fut pas le levé, mais la sortie, un peu plus douloureuse, et dont je porterai les séquelles toute la journée. Je sors donc, de bonne humeur. J’emprunte le trottoir qui longe le lycée, où tout le monde attend à la grille avant de se faire fouiller, en me dépêchant un peu parce que comme d’habitude, je suis un peu short sur le timing. C’est là que juste devant moi, un gars s’arrête, se baisse et regarde dans le caniveau. Une voiture le masque, mais je vois qu’il tapote sur un truc. Je m’attends à ce qu’il remonte une vieille canette de coca, des pelures de carottes… Je suis même prêt pour la carcasse de lapin ( oui, ça se fait ). Mais ce qu’il remontera entre ses doigts n’a rien à voir avec tout ça, rien du tout. D’abord parce que ce qu’il remonte ne se mange pas, ne se cuisine pas, ne se touche même pas. Ce qui me dégoute le plus, c’est pas qu’il l’ait remonté. C’est qu’il l’ait fait sans le moindre air de dégout. Il se relève donc, et tiens entre ses doigts : un cadavre de chat crevé qu’il tient par la queue. A cet instant j’abandonne le pacte que j’avais fait avec moi-même et dans lequel je m’étais interdit de vivre, penser et agir comme un touriste. Je suis complètement dégouté, ça influera sur mon appétit jusqu’à la fin de la journée ! A 7000 km de là, Ma aussi au prises avec son appétit : pas de chat crevé dans le caniveau, mais une overdose de Boursin importé ;)

Pas de bol, c’est justement le jour qu’on a choisi pour tenter notre premier Mc Do, et je dois dire que je n’avais toujours pas la tête à en profiter. La bonne nouvelle c’est que les prix sont moins chers qu’en France ( 45 dh le maxi best of, ça va ! ), et surtout qu’ils offrent des verres Coca avec les menus ! Ils ont beau être verts, ils iront très bien à côté des verres à moutarde ;)

Time is running out.



Rebelote, ce week end je fuis encore une fois Casa pour aller faire un tour à Kenitra, histoire de me ressourcer en « air pur » et en « calme » ( tout est toujours relatif ici).
Le train est complètement plein à craquer, tous les compartiments sont pleins, et certains qui ont décidé de dormir prennent 3 places à eux tout seul. Je remonte donc deux voitures en me frayant un chemin dans le couloir de 40 cm de large, en sautant au dessus des valises et des enfants, et j’arrive dans un endroit beaucoup plus calme, et apparemment rempli de français : la 1ère classe. Malheureusement pour moi, j’ai pris un billet en 2ème ! Je décide d’y aller au bluff, et je prépare une réponse niaise à faire au contrôleur : par exemple « Je n’avais pas compris que le 1 voulait dire 1ère classe », ou bien « Ahh bon, ici c’est différent de l’autre voiture » ? Ca n’a pas manqué, parce que 10 minutes après j’étais viré de mon fauteuil confortable, pour retourner affronter le monde dans le couloir.

C’est pas plus mal au final, parce que alors que je cheminais difficilement vers une place qui m’attendais surement à l’autre bout du train, quelqu’un m’interpelle. « Belgique, France ? ». Je me retourne, et je lui dis ( en ayant peur de ne pas le reconnaitre, parce sa tête me dit quelque chose quand même ! ) « Pourquoi, j’ai une tête de belge » ? Il faut que je précise qu’après « tu chantes comme Bono », c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire. Je réponds donc que non, et la conversation s’engage : non, je ne suis pas belge, mais comme je viens de Lille, je suis un peu voisin de la Belgique. Ils s’appellent Younes et Zacharia, et viennent de Bruxelles : des belges d’origine marocaine, très sympathiques, et avec qui je passe tout le temps du voyage, coincé entre des valises et le charriot du bar. En réalité ( la précision est de taille et changera la face de la discussion ), ils ne viennent pas de Bruxelles même, mais d’Anderlecq… A la seconde où ils prononcent ce mot, une moustache en forme de « n » et des grosses lunettes apparaissent sur leurs visages : directeur NCS manager des abattoirs d’Anderlecq, Monsieur Faucamps plus exactement… Et oui, ils viennent de la ville où a été tourné un des plus grands films du monde : Dikkenek. Intérieurement, je jubile : 3000 km et 1h30 de train pour tomber sur 2 belges qui viennent d’Anderlecq et qui eux aussi connaissent toutes les répliques du film ! On se lance donc dans un concours, avant de comparer nos sketchs préférés. En plus, comme ils ont pris la même compagnie que moi ( Jet 4 You ), et qu’ils ont eu, eux aussi, de petits problèmes pour arriver, on a pas mal de sujets de conversations…

J’arrive donc à Kenitra 1h30 plus tard, après avoir bien ri, et bien discuté, et en n’en revenant toujours pas de faire 3000 kilomètres pour tomber sur des belges. Une autre surprise de taille m’attend à l’arrivée : Annas qui vient me chercher en voiture ( je m’accroche, parce que mon dernier souvenir de rodéo à Kenitra m’a laissé des marques ), et me propose de faire un petit tour. On s’arrête devant un hôtel, qui est censé me rappeler quelque chose. Un rapport avec l’épisode du train que je m’empresse de lui raconter. Mais j’ai beau me concentrer, ça ne vient toujours pas. Dans un film ? Oui ! Connu ? Oui ! En réalité, il s’avère que cet hôtel est celui ou a été tourné OSS 117 ! Trop fort ! C’est vrai que maintenant, ça me dit quelque chose ! Je ne me rappelle plus de son nom, et comme d’habitude je n’ai pas mon appareil photo sur moi. Je reviendrai, c’est décidé ! « Vous voulez pas boire un verre avant ? »

C’est pas tout, mais l’heure tourne, et comme on doit aller à Rabat, il faudrait qu’on se dépêche. C’était sans compter sur la télé, et quand je dis la télé, je ne veux pas dire 2M, mais France 2 ! On arrive en pleine fin d’Etape du Tour de France, qui nous retardera encore d’une heure et demi, et on reste scotché devant le sprint gagné par un anglais ( c’est déjà ça ! ). On arrive donc à Rabat à 18h30 ( ce qui reste malgré tout un exploit ), et on y passe la soirée, qui sera bonne malgré tout !

Le lendemain est digne de la veille. Au programme initialement : « on va à la plage tôt, comme ça on en profite, et à 5heures maxi, on repart à Casa ! ». Tout ça me plait assez, plage étant synonyme de sieste et de bronzage… A 11h30, on attend toujours que Najib ( avec qui j’ai eu une discussion « animée » sur les religions la veille ) se reveille. Du coup il est l’heure de manger, puis de se reposer, puis de regarder la télé, puis de préparer sa valise, puis de passer à la téléboutique pour recharger son portable… Puis d’aller à la plage.. à 16 heures ! Le soleil brille encore, mais pas de risques de brulures atroce ! Je rentabilise le peu de temps qu’il nous reste…

On reprend la route à 21 heures ( « On se dépêche aujourd’hui, à 17 heures maximum on est parti ! » Ouais…), il fait déjà noir, et j’en profite pour dormir un peu dans la voiture, ce que je n’ai pas eu beaucoup le temps de faire ce week end. Je suis réveillé par un ralentissement soudain sur l’autoroute : un accident sur la bande d’arrêt d’urgence. En regardant par la fenêtre, je vois un Kangoo explosé sur la barrière de sécurité, tout le coffre vidé sur la route, et des pompiers qui essayent de désincarcérer quelque chose.. « Quelque chose », car en l’occurrence, c’est un mouton qui est coincé dans la voiture ! Un deuxième se ballade tranquillement sur la bande d’arrêt d’urgence.. Et oui, « c’est çaaaah le (Ma)rock ! ».

lundi 14 juillet 2008

God Put A Smile Upon Your Face

J’ai commence à “bosser” il y a 5 jours maintenant, et l’ambiance dans les couloirs de la banque ne cesse de m’étonner, en plutôt bien d’ailleurs ! Tout le monde, absolument tout le monde se dit bonjour. Je n’échappe pas à la règle, et dans l’ascenseur, les gens réfléchissent si ils doivent me dire « bonjour », ou « Salam », et généralement, c’est les deux. J’ai été béni par Allah plusieurs fois, et on l’a même remercié que j’aille bien… Je ne sais pas si c’est parce que je suis arrivé le premier jour avec Mohammed ( que son statut de « directeur » semble intimider pas mal de monde ), mais tout le monde à l’air vraiment sincèrement gentil, et surtout très souriant. La banque a beau ressembler plus à la Poste qu’à une banque, les guichetiers français ont encore du boulot en la matière ! Bon, pour être tout à fait honnête, je dois dire qu’il existe une certaine pression à l’intérieur de la banque, qui pousse les gens à être « bons ». Cette pression est incarnée par deux choses : la hiérarchie, et les posters qui sont collés sur les murs de chaque bureau.

La hiérarchie, d’abord, est divinisée, et qui dit supérieur, dit dieu vivant. Les gens se plient en quatre pour saluer ceux dont la démarche un peu plus décontractée montre qu’ils font parti du « top management ». Alors que les gens du « peuple » attendent l’ascenseur pendant 10 minutes ( il n’y en a que 2 pour 15 étage, dont un marche un jour sur 2 ), le top management prend son petit ascenseur de service qui ne marche qu’avec une clé spéciale… Alors que les gens du peuple travaillent en horaires continus ( 8h30-16h30 sans pause pour manger ), et grignotent à la cantine des choses plus ou moins grignotable, le top management mange dehors, et pendant deux heures. Alors que les gens du peuple n’ont pas le droit de faire entrer de PC portable ( je suis censé être un gens du peuple ), le top management fait rentrer ce qu’il veut, y compris les PC des stagiaires. Alors que les gens du peuple travaillent sur des plateaux entourés de stores, le top management travaille du 12ème au 15ème , avec une vue magnifique sur les toits de Casa, la grande mosquée et la mer en arrière plan. Bref, les inégalités incroyables que l’on peut voir tous les jours dans la rue, même si elles sont énormément atténuées dans la banque, restent présentes.

Mais le top management n’est pas le maître ici, et même si il profite de pas mal de privilèges, il reste redevable d’une personne : Mohammed. Pas le Mohammed que je connais, ça serait un peu trop simple sinon : Mohammed, le VIème… Et oui, le roi est partout ici aussi, sur les murs, dans mon bureau, et sur la première page du rapport d’activité de la banque. Même le big boss lui doit tout, et ne le cache pas : « Forte des ambitions et de l’action inlassable de notre souverain, Sa Majesté Mohammed VI, Que Dieu l’Assiste, la banque a… etc ». Action inlassable, d’accord… Il faut juste préciser qu’il y a deux ans, la banque a failli faire faillite à force d’avoir prêté de l’argent à des organismes d’Etat qui ont construit pas mal de trucs sans se préoccuper du remboursement. La mosquée Hassan II, ce n’est pas la Tour Effeil, et ça rapport moins !

La banque a donc beau être une banque au cœur du quartier des banques, elle ressemble plus aux PPT des années 80 qu’à une multinationale américaine ! A la limite, je préfère ça ! Surtout que dans une multinationale américaine, les gens ne peuvent pas fumer dans les toilettes… Ici, si ! Alors, c’est où le pays de la liberté ?

From the Ritz to the Ruble


Ce qui choc le plus quand on arrive à Casablanca, ce ne sont pas les pubs énormes, pour les banques, Coca, Apple, Audi ou pour le nouveau complexe commercial flambant neuf. Ce ne sont pas non plus les énormes buildings en verre, où défilent les cours de la bourse de Casa, le Golden Tulipe ou le Novotel éclairé tout en bleu. C’est le fait qu’autours de tout ça, au coin de la rue, il y ait encore des bidonvilles, des gens payés 1 dirham pour surveiller les voitures, ou des enfants qui jouent au foot demandent de l’argent quand quelqu’un passe.. C’est la cohabitation de ce dynamisme incroyable qui fait de Casa une ville plus européenne que l’Europe, et de cette pauvreté qui existe encore pas mal dans tout le reste du Maroc. Les gens sont à la fois plus pauvres, et plus riches qu’en France. Plus pauvre, ça c’est évident : quand le SMIC est à 1600 dirham ( 150 € ) et que le tiers des habitants sont analphabètes, on peut le comprendre. Plus riches, car plus extravagants, et surtout plus décomplexés.

C’est visible à Casa, en particuliers sur la « Corniche », la zone qui longe les plages privées, les clubs et les restaurant d’un coté, les bidonvilles de l’autre, mais aussi à Bouznikha, une plage entre Rabat et Casablanca, le rendez vous de la jeunesse dorée marocaine. Il y a essentiellement trois centres d’intérêt à « Bouz » : la frime, le jet sky, et les grosses voitures. Une Saint Tropez encore plus décomplexée. Le port de Ray Ban ( fausses la plupart du temps ) est vivement conseillé, de même que les muscles. Je me suis acheté des Ray Ban à 5 € dans les souks, mais pour les muscles, ça coute plus cher… On y a donc passé qu’une aprem, malheureusement la seule aprem où il a fait moche depuis que je suis arrivé. Je dois préciser que quand je dis « aprem », ça veut dire 17 heures. Et oui, en plus d’avoir un sens de l’orientation modèle réduit, les marocains ont aussi une conception de la ponctualité..particulière ! On a par exemple mis 1h15 à retrouver la copine d’Anass, et 15 minutes pour retrouver sa voiture. On reprend donc l’autoroute à 19 heures, après deux heures de plage, pour rentrer à Kénitra. On était censé y arriver à 20h30. A 22 heures, on y était toujours pas !

Il faut dire que l’autoroute d’ici, ça n’est pas l’autoroute de chez nous : des vaches broutent sur la bande d’arrêt d’urgence, et des charrettes pleines de bois la traversent de temps en temps ( l’Etat plante des arbres dont le bois vaut assez cher au milieu ! ). Et bien sur, la limitation n’est pas à 130, mais à 120. En même temps, je ne vois pas trop ce que ça change : les flics ici sont facilement « influençables » ici. Toute à l’heure par exemple [samedi après midi en réalité], on s’est perdu dans Rabat ( Rabat où Anass et Kamal ont vécu des années, il faut le préciser ! ). On a donc fait une queue de poisson à un taxi qui arrivait derrière, avant bien sur, de se faire arrêter par un flic. Le flic salue ( apparemment c’est obligatoire..), et demande en arabe si on a le droit de faire ce qu’on a fait. Ben évidemment que non… Et hop là, il prend le permis et s’en va quelques mètres plus loin pour l’inspecter. C’est quand il revient que ça devient marrant : faisant [très mal] semblant d’écrire une amende sur son carnet, il demande ( on m’a traduit après ! ) si il faut qu’il l’envoie au commissariat, où normalement on doit la payer pour récupérer son permis. Ca fait quelque chose du genre « T’es sur que je vais l’envoyer ? C’est dommage quand même, tu n’auras plus ton permis, tu vas rentrer comment ? Tu penses vraiment qu’on doit en arriver là ? ». 100 dirham plus tard, avec en prime un petit sourire en coin de l’agent de police, on était reparti. Le tout à 10 mètres du palais du roi, à Rabat ! Quand on est riches, la loi n’est plus un problème !

Dirty Old Town.


Samedi, pour fuir l’agitation permanente de Casablanca ( qui ne s’arrête bien sur, pas le week end ) , j’ai pris le train direction Kenitra, la ville où habite Anass, pour aller y chercher quelques meubles. J’étais bien sûr content de bouger pour être un peu au « calme », mais aussi pour voir un peu le Maroc qui n’est pas en ville. Et franchement, rien de mieux que le train ! Pour 44 dirham ( 4 € ), et toutes les demi heures, on peut aller de Casablanca à Rabat et Kenitra, 1h30 dans un vieux train de la SNCF, assez confortable et climatisé ( comme j’ai pris la résolution à l’aéroport de ne pas réfléchir en « touriste », j’essaye de me dire que ça n’aurait pas été très grave si il ne l’avait pas été ).
Je traverse donc en train ce que les gens d’ici appellent le « Maroc utile ». Utile pour eux, ça fait surtout dire plus dynamique et plus « civilisé » que le Sud. Ca fait parti du snobisme de Casablanca et plus généralement du nord. D’un autre coté, la côte entre Casablanca et Kenitra est un bandeau presque ininterrompu de cultures, de champs ( plus ou moins cultivés, où broutent des moutons et quelque vaches ), de petites villes et de vallées toutes vertes. C’est d’ailleurs ça qui, de loin, est le plus beau : un mélange de grand canyon tout rouge, et d’oasis toute verte 100 mètres plus bas. Comme je suis encore un peu dans le coltard, je mets trop longtemps à sortir mon appareil, donc pas de photos !
Puis j’arrive à Kenitra, une ville calme, beaucoup plus calme que Casablanca, ce qui me fait l’aimer assez rapidement ! J’ai bien failli ne jamais y arriver, parce qu’ici, on n’écrit pas le nom des gare sur le quai, ni sur la gare elle-même. Heureusement que les gens qui étaient avec moi étaient sympa, et surtout qu’ils connaissaient. Kenitra c’est 25 km au nord de Rabat, presque sur la côte, un endroit idéal, pas loin de la capital, pas loin de Tanger, pas loin de la mer, pas trop chaud ni trop froid. Mais bizarrement, tous les jeunes de Kenitra ( disons les jeunes aisés, parce que la question ne se pose même pas pour les autres ) la fuient dès qu’ils le peuvent. Et on peut le comprendre : même si je suis assez content de pouvoir traverser la rue sans risquer de me faire tuer 4 fois ( quoi que..), c’est un peu trop calme, pour ne pas dire mort : mis à part les vaches qui mangent les poubelles sur la place de la mosquée, il n’y a pas grand-chose à voir, ni à faire.
D’où « Kenitrou », expression inventée par Kamal, un copain d’Anass qui a passé toute sa vie ici et qui l’a fuit pour la Pologne, c’est dire… Kénitrou, en référence aux 700 000 habitants, dont 400 000 sont analphabètes ! Tout ressemble à une petite ville désindustrialisée l’Arizona ( en même temps je ne sais pas si les villes de l’Arizona ont été industrialisée un jour, mais ça me parle au moins ! ), y compris les « cafés pour alcolos » ( les seuls endroits ou il y a de l’alcool et qui ressemblent aux petits PMU français), et les clubs de billards où les jeunes jouent toute la journée… Sympathique ! Je m’attendais à voir des cactus et des ballots de pailles traverser la rue, mais faut pas exagérer, le centre est assez dynamique quand même ! Il parait aussi que Kénitra est vachement connue au Maroc ! Pourquoi ? Parce que c’est dans sa prison, qu’on met tous les terroristes ( présumés, mais ils ne le restent pas longtemps ) islamistes du royaume ! Trop fun !
Par contre, l’accueil, comme partout, est incroyable. J’avais a peine mis le pied dans la maison d’Anass que je mangeais déjà des gâteaux au chocolat… Le soir, j’ai gouté la soupe dont je ne sais pas prononcer le mot ( la Harrirah ), en pensant que c’était le plat, mais finalement ce n’était que l’entrée !

samedi 12 juillet 2008

Quatre Murs et Un Toit



Je suis arrivé à Casablanca sans savoir exactement où j’allais loger, et c’est grâce aux contacts d’Andélis que trouvé Anass, un marocain qui fait ses études à l’Esc Toulouse et qui comme moi, fait son stage ici. Ca fait un mois qu’il cherche un appart, et s’est donc rabattu sur la coloc, faute de trouver quelque chose de correct à un prix correct. J’avais donc rendez vous avec lui, sans le connaître, pour aller visiter un appart qu’un agent immobilier lui avait proposer. Je dois juste revenir quelque minutes sur la notion d’agent immobilier… L’agent en question est un gars qui passe sa vie dans un café, censé être à la fois son lieu de travail et de rendez vous. On arrive donc dans ce café, où effectivement, un gars qui à l’air d’être un habitué est assis, et regarde dans le vide. Il ne nous sert pas la main, et continue de regarder droit devant lui pendant qu’Anass lui parle. La scène me fait penser à un rendez vous entre agents secrets qui s’échangent des informations sans se regarder, et d’ailleurs, Ahmed ( c’est son nom en fait ), ressemble plus à un agent du KGB à la retraite qu’un agent immobilier ( car j’en connais, des agents immobiliers, et heureusement, ils[elles] ne lui ressemblent pas ).

Bref, il fini par nous conduire dans l’appartement en question, situé juste derrière le lycée Lyautey, le lycée français de Casa, dans une petite rue encore en construction. Il est au 4ème étage, sans ascenseur comme le dit Anass à chaque fois qu’on monte les escaliers. A première vue, il a été complètement repeint, et il est bien clair : par la fenêtre, on a vue sur tous les immeubles autours et une cour intérieur avec des bananiers, plutôt pas mal. Le loyer non plus n’est pas mal : 250 € par mois, soit 125 par personne. Les interrupteurs ne sont pas fixés au mur, mais on ne va pas faire chipoter, c’est ça, ou on attend que le KGB nous propose quelque chose d’autre quand ça lui chantera ! Donc on lui dit qu’on est OK, rendez vous le lendemain avec la propriétaire, une petite vieille qui apparemment a tout l’immeuble, pour les clés. Bien sûr, pas de contrat, pas d’assurance, pas de bail, c’est plus rapide !

Le lendemain, les choses se corsent : alors qu’on comptait lui donner 300 ou 400 dirham, l’agent nous demande un mois de loyer : 2500. Et alors qu’on pensait que la petite vieille était gentille et contente de nous dépanner, elle nous demande deux mois de caution, qu’on est pas sûrs de récupérer. On a pas le choix, alors on paye, en espérant récupère les 5000 dh de caution ! Puis on rentre dans l’appart, qui en fait n’a pas d’eau chaude : l’ancien locataire a emmené le chauffe eau avec lui en partant, normal ! Quand Andélis déménagera, il faudra que je lui rappelle d’emmener l’ascenseur et le vide ordure ! Il n’y a pas de plaque de gaz non plus, ni de lumière dans ma chambre, pas d’antenne télé, et bien sûr ( mais encore pire ), pas de cafetière ! Anass a ramené deux lits de chez lui, un réfrigérateur ( qui congèle tout, même les yaourts ! ), un micro onde, et une télé, le minimum vital ! Le premier jour, je me suis même étonné d’un truc : alors que j’étais en train de fabriquer des rideaux avec ma serviette de bain et des clous dans le mur, j’ai découvert qu’il y avait des volets !

J’ai l’air de me plaindre comme ça, mais au final on s’habitue à la douche froide, et le quartier n’est pas mal : en bas, il y a une papeterie dont le patron est adorable et m’a aidé à mettre ma recharge Maroc Telecom dans mon portable, un pressing pas loin, et pas mal de petits snacks, plus ou moins accueillants. Et puis au final, il y a l’essentiel pour y vivre deux mois : quatre murs et un toit.

jeudi 10 juillet 2008

Where The Streets Have No Name


Mes premiers pas à Casa ont été à la fois mouvementés, et précipités. Comme j’ai une petite semaine devant moi avant de commencer à travailler, je suis bien décidé à aller repérer les endroits à ne pas manquer de Casablanca, et donc vers 11 heures ( une heure stratégique au Maroc, non pas pour sortir, mais pour rester au frais chez soi ! ), accompagné d’une bouteille de coca et d’un tube de crème solaire. Première surprise : il faut chaud mais pas étouffant, l’air de la mer rafraichi de temps en temps la ville. Je retrouve donc avec plaisir les odeurs du Maroc : en l’occurrence une odeur d’essence de tondeuse à gazon, de poussière et de bouffe ( quand je dis plaisir, ça n’est pas du tout ironique ! ). Ca n’empêche que je marche pendant 1 heure environ, et que la chaleur qui était supportable au début l’est de moins en moins. Elle l’est d’autant moins, que la torpeur de Marrakech due au manque d’air, est en fait équivalente à la torpeur de Casa, due à l’excès de voitures. C’est vraiment incroyable : il y a en a partout, absolument partout. Moi qui m’attendais à voir à chaque coin de rue, des calèches, des charrettes, et des taxis beiges, je suis un peu déçu ! Ici, pas question de ramener son âne en centre ville, ni de promener des touristes européens dans des calèches : la rue est faite pour rouler, car ici, les gens ont des choses à faire ! Enfin apparemment. Quant aux taxis, j’aurais pu en attendre un beige pendant des jours : chaque ville a sa couleur en fait, et ici, ils sont rouges, et surtout beaucoup moins nombreux qu’à Marrakech ! Je n’ai jamais vu un bordel aussi immense de voitures : les gens font tellement n’importe quoi, que la moindre connerie entraine un bouchon dans toute une avenue. Et comme les petites conneries, ce n’est pas ce qui manque, le trafic est comme qui dirait, dense…
Je continue donc à pied : puisqu’ici, on ne vend pas de plans de la ville, je réussirai peut être à me reperer tout seul. La grande sur d’où je viens s’appelle El Jamina, et le quartier, Oasis. J’apprendrai plus tard grâce à un chauffeur de taxi sympathique, que ce n’est pas El Jamina, mais El Jadida ( le nom de la ville à laquelle elle mène ), et que ce n’est pas Oasis, mais L’Aia ( j’ai mis 4 jours à le retenir, puisque c’est prononcé d’une façon assez particulière…). Les longues heures que je passerai ensuite à chercher mon chemin confirment que cette ville fait perdre le sens d’orientation, même à ceux qui sont censés l’avoir.
Le problème de Casa, c’est pas que son centre est introuvable, c’est qu’il y a quinze centres, et d’innombrables rond point. Ahh, les rond points… Le plus gros bordel automobile qu’on puisse connaitre : comme la ville est « organisée » en grandes avenues ( dont je connais le nom, mais pas l’endroit ), elles débouchent toutes sur des rond points. Ils n’ont de rond que le nom, ce sont en fait des carrefours gigantesques, où les feux sont actionnés par des flics qui les oublient une fois sur deux. Résultat, un concert impressionnant de klaxons, d’insultes, de voitures qui changent de files pour occuper le moindre espace libre. Ici, on a pas la conception de la « distance de sécurité », la règle qui s’applique c’est « un espace non utilisé est un espace gâché ». J’ai mis 50 minutes pour faire les 5 km qui séparent le centre où j’étais ( ben oui, comme si ça n’était pas assez compliqué, il y a plusieurs centres ! ), du quartier où habite Mohammed. Et il faut ajouter 30 minutes pour attraper un taxi : à 18 heures, c’est le gros rush ! Pour couronner le tout : il n’y a pas le nom des rues partout.